La dommage ouvrage selon votre projet

Assurance dommage ouvrage pour une entreprise, une SCI ou un promoteur

Une entreprise, une SCI ou un promoteur peut devoir souscrire une assurance dommage ouvrage avant de lancer des travaux. Le montage dépend notamment de l’usage du bâtiment, du rôle joué dans l’opération et de la responsabilité décennale des intervenants.

Vérifié sur les textes de loiMis à jour le 8 min de lecture
Bâtiment d’activité en construction, structure métallique et bardage partiellement posé, avec une nacelle élévatrice sous un ciel clair

La dommage ouvrage doit être souscrite avant l’ouverture du chantier, pas au moment de la réception. Pour une entreprise qui fait construire ses locaux ou un promoteur qui prépare une vente, cela change concrètement le calendrier : il faut régler la question de l’assurance avant que les travaux commencent, même si les dommages éventuels ne pourront se manifester que plus tard.

La règle concerne aussi les personnes morales comme les SCI, sous réserve de quelques exceptions précises. Elle ne se confond pas avec l’assurance décennale des entreprises de travaux. La première préfinance certaines réparations pour le maître d’ouvrage ; la seconde couvre la responsabilité des constructeurs.

Qui doit souscrire pour une opération professionnelle

L’article L242-1 du Code des assurances vise la personne qui, en qualité de propriétaire de l’ouvrage, de vendeur ou de mandataire du propriétaire, fait réaliser des travaux pour son compte ou celui des propriétaires successifs. Une société qui construit un bâtiment d’activité pour elle-même est donc concernée en principe. Une SCI qui fait bâtir un immeuble entre également dans le champ de l’obligation, selon la nature de l’opération et l’usage prévu.

Le fait d’être une société, un marchand de biens ou un professionnel de l’immobilier ne dispense pas automatiquement de souscrire. La question à poser est concrète : qui fait réaliser les travaux, pour le compte de qui, et pour quel usage ? Une structure qui fait construire des logements destinés à la vente ne se trouve pas dans la même situation qu’une grande entreprise qui réalise pour son propre compte un bâtiment non résidentiel.

La loi prévoit en effet des exceptions pour les personnes morales de droit public et pour certaines grandes entreprises, lorsque leur activité dépasse des seuils et que les travaux qu’elles font réaliser pour leur compte concernent un usage autre que l’habitation. Les seuils ne sont pas à apprécier au doigt mouillé : si vous pensez relever de cette exception, faites confirmer l’analyse à partir de la situation de la société et du programme. Une exception mal appliquée peut laisser le maître d’ouvrage sans couverture obligatoire.

Repères selon le rôle du professionnel
SituationPoint d’attention
Entreprise faisant construire ses locauxVérifier l’obligation de DO et l’éventuelle exception applicable aux grandes entreprises pour un usage non résidentiel.
SCI faisant réaliser des travauxLa forme de la société ne suffit pas à écarter l’obligation ; examiner l’objet et l’usage de l’ouvrage.
Promoteur vendant en VEFALe vendeur souscrit la DO au bénéfice des acquéreurs successifs et doit aussi examiner sa responsabilité de constructeur.

Pour situer le rôle de la société dans l’opération, consultez aussi les règles applicables à l’assurance du maître d’ouvrage. Le nom inscrit sur le permis de construire ne répond pas toujours, à lui seul, à toutes les questions d’assurance.

Ne pas confondre dommage ouvrage et décennale

La DO est souscrite par le maître d’ouvrage. Elle a pour objet le préfinancement, sans recherche préalable des responsabilités, des réparations de dommages qui compromettent la solidité de l’ouvrage ou le rendent impropre à sa destination. Elle peut également viser certains dommages touchant la solidité d’éléments d’équipement indissociables. Après indemnisation, l’assureur exerce ses recours contre les constructeurs responsables et leurs assureurs.

La garantie prend normalement effet après l’expiration de la garantie de parfait achèvement, soit un an après la réception, et court jusqu’à la fin de la responsabilité décennale, dix ans après la réception. La loi prévoit des cas d’intervention plus précoces, avant la réception ou pendant l’année de parfait achèvement, lorsque l’entrepreneur n’exécute pas ses obligations après une mise en demeure restée infructueuse et que les conditions légales sont réunies.

À côté, les constructeurs dont la responsabilité décennale peut être engagée doivent être couverts par une assurance de responsabilité décennale et justifier de cette assurance à l’ouverture du chantier. Architecte, entreprise de travaux ou technicien lié au maître d’ouvrage par un contrat de louage d’ouvrage peuvent notamment être concernés. L’expression « assurance dommage ouvrage constructeur » prête donc à confusion : la DO protège le maître d’ouvrage et les propriétaires successifs, tandis que l’assurance décennale couvre la responsabilité du constructeur assuré.

La réception mérite une attention particulière. C’est l’acte par lequel le maître d’ouvrage accepte les travaux, avec ou sans réserves ; elle marque le point de départ des garanties des constructeurs et de la période décennale. Conservez le procès-verbal et les éventuelles réserves avec les pièces du contrat d’assurance.

Bon à savoir

La DO est attachée à l’ouvrage et bénéficie aux propriétaires successifs. En cas de vente avant l’expiration des dix ans, l’acte doit mentionner l’existence ou l’absence des assurances concernées. Un vendeur qui a construit ou fait construire l’ouvrage peut aussi être réputé constructeur et rester responsable envers l’acquéreur pour la durée décennale restante.

Promoteur, VEFA et assurance CNR

Dans une vente en l’état futur d’achèvement, le vendeur, généralement le promoteur, souscrit la dommage ouvrage au bénéfice des acquéreurs successifs. Le promoteur est lui-même réputé constructeur. Il souscrit également une assurance de responsabilité dite CNR, pour « constructeur non réalisateur ». La formule « dommage ouvrage promoteur » recouvre ainsi deux protections de nature différente : la DO préfinance certains travaux de réparation, tandis que la CNR concerne la responsabilité du promoteur.

La CNR ne remplace pas la DO. Elle ne dispense pas non plus les entreprises intervenant sur le chantier de justifier de leur propre assurance décennale lorsque leur responsabilité peut être engagée. Dans un programme vendu sur plan, identifiez donc séparément le maître d’ouvrage, le vendeur, les intervenants et les assurances correspondant à chacun. Pour les règles propres à l’acquéreur d’un logement vendu sur plan, voyez la page consacrée à la dommage ouvrage en VEFA.

Un contrat collectif de responsabilité décennale, parfois désigné par le sigle CCRD, peut aussi être envisagé dans certaines opérations. Sa portée dépend du contrat : les personnes assurées, les travaux concernés, les plafonds et les exclusions doivent être examinés. Il s’agit d’une couverture de responsabilité, et non d’un substitut automatique à la DO ni aux assurances décennales requises pour les constructeurs.

Préparer un dossier exploitable avant le chantier

Un dossier clair permet à l’assureur d’apprécier le projet et ses risques. Les pièces demandées varient selon le contrat, le bâtiment et la nature des travaux : il n’existe pas ici de liste universelle qui garantirait l’acceptation. Notre conseil : rassemblez les documents techniques et contractuels avant de solliciter des propositions, puis vérifiez que le dossier décrit bien le projet réel, notamment son coût et ses intervenants.

  1. Définir l’opération. Précisez l’identité du maître d’ouvrage, l’usage de l’ouvrage, le calendrier, le coût prévisionnel et le rôle de la société dans une éventuelle vente.
  2. Réunir les pièces techniques. Préparez les plans, les descriptifs de travaux, les éléments relatifs au terrain et, lorsqu’ils existent, les études géotechniques et les comptes rendus de contrôle.
  3. Documenter les intervenants. Rassemblez les contrats et les attestations d’assurance décennale des constructeurs, en vérifiant qu’elles correspondent aux activités et aux travaux confiés.
  4. Signaler les particularités. Indiquez les travaux sur un bâtiment existant, une extension, une surélévation ou une opération comportant plusieurs phases. Une information manquante peut compliquer l’analyse ou rendre la proposition inadaptée.

Pour une maison située dans une zone d’exposition moyenne ou forte au retrait-gonflement des argiles, les études géotechniques prévues par la loi ELAN peuvent entrer dans le dossier. Depuis le 1er octobre 2020, le vendeur d’un terrain constructible situé dans ces zones doit fournir une étude préalable ; le constructeur doit suivre une étude de conception ou respecter des techniques particulières. Les assureurs sont attentifs à ces éléments.

Le détail des justificatifs à réunir avant une demande est présenté dans notre page sur les documents pour un devis de dommage ouvrage. Une réponse établie sur un coût provisoire ou un descriptif incomplet doit être relue avec prudence avant signature.

Tarification et garanties à examiner

Il n’existe pas de tarif professionnel unique. Le montant dépend de l’opération, du coût déclaré, de sa technicité et des éléments du dossier ; certaines configurations, comme une rénovation lourde ou une construction complexe, peuvent être plus difficiles à assurer. La prime est généralement payée en une fois pour la durée du contrat. Elle peut être calculée sur un coût prévisionnel, puis ajustée à partir du coût définitif des travaux.

Les ordres de grandeur de 2 à 5 % du coût total TTC concernent le plus souvent les particuliers. Ils ne constituent pas une grille applicable à toute entreprise, SCI ou opération de promotion. Pour une comparaison utile, rapprochez les propositions sur le périmètre effectivement assuré, les exclusions, les conditions de déclaration du coût final et les garanties complémentaires, pas seulement sur le montant affiché.

Selon le projet, il peut être pertinent d’examiner des garanties facultatives portant sur les dommages immatériels ou les dommages aux existants. Leur intitulé ne suffit pas : vérifiez les événements couverts, les limites et les exclusions dans chaque contrat. Pour une extension sur un bâtiment en activité, par exemple, une entreprise doit notamment se demander si les conséquences d’un dommage sur l’exploitation ou sur les parties existantes sont traitées par ses assurances.

Le recours à un intermédiaire peut aider à constituer le dossier, mais contrôlez son immatriculation au registre de l’ORIAS et demandez comment il est rémunéré. Un courtier a un devoir de conseil ; il peut percevoir une commission ou des honoraires. Notre page sur le courtier en assurance dommage ouvrage détaille ce rôle. En cas de doute sur l’assureur proposé, vérifiez son agrément auprès des registres officiels de l’autorité de contrôle.

Anticiper les travaux, la vente et la réception

La demande de couverture ne doit pas être reportée à la veille du chantier. L’absence de DO peut compliquer la gestion d’un sinistre et une vente avant la fin des dix ans, puisque l’acte doit faire état des assurances existantes ou absentes. Pour un professionnel qui fait construire afin de revendre, la question est encore plus sensible : le vendeur peut rester tenu à une responsabilité décennale envers l’acquéreur.

La DO ne couvre pas tous les aléas du chantier ni tous les défauts apparents. Une assurance tous risques chantier peut être envisagée pour les dommages survenant pendant la construction, selon les garanties prévues au contrat. La réception, elle, doit être préparée avec soin : consignez les réserves et conservez les échanges écrits avec les entreprises. Si des désordres apparaissent ensuite, transmettez une déclaration complète à l’assureur dans les formes prévues au contrat.

La sanction pénale prévue en cas de non-respect de l’obligation peut aller jusqu’à six mois d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende, ou l’une de ces peines seulement. Une exception existe pour la personne physique qui fait construire un logement pour l’occuper elle-même ou le faire occuper par certains proches ; elle ne concerne pas de la même manière une société et ne supprime pas l’obligation lorsque celle-ci s’applique.

Pour engager une première démarche, vous pouvez consulter la page sur le prix d’une assurance dommage ouvrage, puis préparer une demande à partir du périmètre réel du chantier. Le formulaire de Devis assurance dommage ouvrage est mis à disposition par un partenaire qui transmet les demandes à des professionnels de l’assurance ; notre site reste un média d’information indépendant, pas un assureur ni un courtier.

Questions fréquentes

Une SCI doit-elle toujours souscrire une dommage ouvrage ?

La forme SCI ne crée pas, à elle seule, une dispense. Il faut examiner qui fait réaliser les travaux, pour quel compte et pour quel usage ; certaines exceptions ne concernent que des personnes morales répondant à des conditions précises.

La CNR du promoteur remplace-t-elle la dommage ouvrage ?

Non. La CNR couvre la responsabilité du promoteur en qualité de constructeur non réalisateur, tandis que la DO préfinance certains travaux de réparation. Les deux assurances ont des fonctions distinctes.

Une entreprise peut-elle bénéficier de l’exception réservée aux grandes entreprises ?

Une exception est prévue pour certaines personnes morales dont l’activité dépasse des seuils, lorsque les travaux sont réalisés pour leur compte et concernent un usage autre que l’habitation. Il faut vérifier les conditions applicables à l’entreprise et à l’opération avant de conclure qu’elle est dispensée.

Quand faut-il souscrire la dommage ouvrage pour un chantier professionnel ?

La souscription doit intervenir avant l’ouverture du chantier. Le dossier et la couverture doivent donc être préparés en amont, même si les garanties sont susceptibles de jouer bien après la fin des travaux.

Un contrat collectif décennal suffit-il pour couvrir le projet ?

Pas automatiquement. Un CCRD relève de l’assurance de responsabilité et son périmètre dépend des clauses du contrat ; il ne remplace pas à lui seul la dommage ouvrage.

Textes de référence

  • Code des assurances, article L242-1
  • Code des assurances, article L241-1
  • Code des assurances, article L243-2
  • Code des assurances, article L243-3
  • Code civil, articles 1792 à 1792-7
  • Code civil, article 1792-1
  • Loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 (loi ELAN)

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