
L’erreur la plus coûteuse consiste à croire qu’une panne ou un défaut de pose d’une pompe à chaleur sera forcément pris en charge par la garantie décennale. Depuis l’arrêt du 21 mars 2024, cette attente peut faire perdre du temps : pour un équipement ajouté à une maison existante, le recours ne repose en principe ni sur la décennale ni sur la garantie de bon fonctionnement. Il faut agir contre l’installateur sur un autre fondement, sans attendre qu’un assureur décennal ou l’assurance dommage ouvrage intervienne.
Pour éviter cette impasse, vérifiez d’abord comment et quand l’équipement a été installé, puis adressez une réclamation écrite à l’entreprise en conservant les preuves du défaut. La nature des travaux compte autant que la gravité du dommage.
Ce que change l’arrêt du 21 mars 2024
Dans son arrêt du 21 mars 2024, la troisième chambre civile de la Cour de cassation a jugé que les éléments d’équipement installés en remplacement ou par adjonction sur un ouvrage existant ne relèvent ni de la responsabilité décennale ni de la garantie de bon fonctionnement. Cette solution s’applique quel que soit le degré de gravité des désordres. La Cour a ainsi abandonné la solution retenue depuis 2017.
Sont notamment concernés les pompes à chaleur, les poêles à bois, les climatisations et les panneaux photovoltaïques posés sur une toiture existante. Une fuite, un défaut de fonctionnement ou un dommage sérieux ne suffit donc pas, à lui seul, à faire entrer l’équipement ajouté dans la garantie décennale. L’expression « équipement ajouté à un existant » désigne ici un équipement installé sur un bâtiment déjà construit, et non une installation réalisée dans le cadre initial d’une construction neuve.
La décision ne signifie pas que le propriétaire n’a aucun recours. Elle change le fondement juridique de la demande : si l’installation est défectueuse ou si l’entreprise n’a pas respecté ses engagements, le client peut rechercher sa responsabilité contractuelle de droit commun. Il devra alors établir les faits utiles, notamment le contrat, le défaut constaté et le lien avec les travaux réalisés.
La garantie décennale d’une pompe à chaleur installée sur une maison existante ne peut donc pas être présumée. La réponse dépend du contexte du chantier et de la qualification de l’opération, mais l’arrêt empêche de compter sur la décennale simplement parce que les désordres sont graves.
Pourquoi la dommage ouvrage ne prend pas le relais
L’assurance dommage ouvrage préfinance, hors recherche préalable des responsabilités, les réparations de dommages de nature décennale. Elle intervient ensuite contre les constructeurs responsables et leurs assureurs. Elle ne constitue pas une garantie générale contre les pannes de tous les équipements d’un logement.
Lorsque le dommage concerne uniquement un équipement ajouté ou remplacé sur un ouvrage existant et qu’il relève de la responsabilité contractuelle de l’installateur, le propriétaire ne peut pas demander à la dommage ouvrage de préfinancer les travaux au titre de la décennale. L’assurance dommage ouvrage obligatoire pour quels travaux dépend toutefois de l’opération de construction concernée, et non du seul nom de l’équipement posé.
Une rénovation plus vaste, une extension ou une surélévation peut soulever une question différente si les travaux constituent une opération de construction et si les dommages répondent aux critères de la responsabilité décennale. Il faut examiner l’ensemble du chantier, les contrats et la nature des désordres. Pour situer ces questions, consultez notre page sur la assurance travaux rénovation et notre dossier consacré à la dommage ouvrage en rénovation ou en extension.
Attention
Ne laissez pas un installateur vous renvoyer uniquement vers une assurance décennale sans examiner le chantier et les garanties prévues au contrat. Pour un équipement posé sur un bâtiment existant, cette assurance peut ne pas couvrir le recours lié à l’équipement lui-même.
Installation sur un existant ou dans une construction neuve
L’arrêt vise des équipements installés en remplacement ou par adjonction sur un ouvrage déjà existant. Il ne permet pas de conclure que toute pompe à chaleur ou toute installation solaire est toujours exclue de la décennale. Dans une construction neuve, l’équipement peut faire partie de l’opération réalisée dès l’origine. La qualification doit alors être appréciée à partir de la nature des travaux, de la place de l’équipement dans l’ouvrage et du type de dommage.
La même prudence s’impose pour la question des panneaux solaires et de la garantie décennale. Des panneaux simplement ajoutés sur une toiture existante entrent dans le champ de la décision de 2024. Une installation intégrée au bâti ou réalisée dans le cadre d’une construction neuve appelle une analyse différente : il faut notamment déterminer si elle constitue un élément de l’ouvrage et si les critères de la responsabilité décennale sont réunis. La seule intégration visuelle des panneaux ne suffit pas à trancher.
| Situation | Règle à retenir | Réflexe du propriétaire |
|---|---|---|
| Pompe à chaleur ajoutée à une maison existante | En principe, ni décennale ni garantie de bon fonctionnement pour l’équipement concerné. | Réclamer à l’installateur au titre du contrat et vérifier les garanties fabricant. |
| Panneaux photovoltaïques ajoutés sur une toiture existante | L’arrêt du 21 mars 2024 vise également ce type d’équipement ajouté. | Faire préciser par écrit les garanties applicables aux panneaux et à la pose. |
| Équipement installé dans une construction neuve ou intégré à une opération de construction | La qualification dépend de l’opération et des critères de responsabilité décennale. | Vérifier les contrats, les attestations d’assurance et la réception des travaux. |
La décennale couvre les dommages qui compromettent la solidité de l’ouvrage, le rendent impropre à sa destination ou affectent la solidité d’un élément d’équipement indissociable. Mais l’arrêt de 2024 traite précisément les équipements ajoutés ou remplacés sur un ouvrage existant : la gravité du dommage ne permet pas, à elle seule, de contourner cette distinction. Pour mieux distinguer les régimes applicables, consultez notre page sur la garantie de parfait achèvement, la biennale et la décennale.
Quels recours contre l’installateur
Lorsque le litige relève de la responsabilité contractuelle de droit commun, votre interlocuteur principal est l’entreprise qui a vendu ou posé l’équipement. Relisez le devis, les conditions générales, la facture et les éventuels documents de mise en service. Ils peuvent préciser les caractéristiques promises, les prestations incluses et les garanties contractuelles. Une garantie commerciale du fabricant peut aussi être mobilisée, mais elle ne remplace pas automatiquement la responsabilité de l’installateur pour une pose défectueuse.
Adressez une réclamation écrite à l’entreprise en décrivant les désordres, leur date d’apparition et les conséquences observées. Joignez des photographies, les factures et les comptes rendus d’intervention. Demandez une réponse écrite et une proposition de réparation. Si une intervention urgente est nécessaire pour éviter une aggravation, gardez les justificatifs et, autant que possible, faites constater l’état des lieux avant les travaux.
Ne partez pas du principe que vous disposez des dix ans de la responsabilité décennale. Le délai applicable à une action contractuelle dépend du fondement et de la situation. La prescription de deux ans prévue pour les actions dérivant d’un contrat d’assurance concerne ce contrat d’assurance et ne s’applique pas automatiquement au recours contractuel contre l’installateur. En pratique, une réclamation rapide limite les difficultés de preuve ; si l’entreprise conteste le défaut, demandez un avis juridique avant de laisser le dossier en attente.
Si l’origine du dommage ou la responsabilité de l’entreprise est discutée, une expertise peut aider à établir les constatations techniques. Une expertise judiciaire peut être demandée en référé. Il est préférable de recueillir un avis avant de remplacer l’équipement ou d’engager une réparation importante, sauf nécessité de sécurité ou d’urgence, afin de ne pas faire disparaître des éléments utiles à l’examen du litige.
Un exemple : Claire, à Albi, fait installer une pompe à chaleur pour 13 800 € en septembre 2025 sur une maison construite plusieurs années auparavant. En février 2026, elle constate une fuite et une baisse importante de chauffage. Elle conserve la facture, photographie les traces d’eau, puis écrit à l’installateur pour demander une intervention et une explication sur la garantie applicable. Elle ne fonde pas sa demande sur la seule décennale et ne commande pas immédiatement le remplacement complet sans avoir documenté le défaut.
Les vérifications à faire avant de signer
Un devis détaillé réduit les désaccords sur ce que l’entreprise devait fournir et poser. Faites indiquer la marque et le modèle de l’équipement, les travaux inclus, les éventuelles adaptations du réseau ou de l’installation électrique, les modalités de mise en service et les garanties annoncées. Si le professionnel affirme que son assurance décennale couvre votre projet, demandez-lui de le confirmer par écrit pour le chantier et les travaux précisément décrits.
Demandez également une attestation de responsabilité civile professionnelle et vérifiez que l’activité déclarée correspond à la prestation envisagée. La décennale n’est pas une couverture générale de tous les défauts de pose : après l’arrêt de 2024, l’attestation décennale ne suffit pas à garantir une réparation d’un équipement ajouté sur un existant. Les règles relatives à l’assurance professionnelle des artisans et les justificatifs à demander sont présentés dans notre page sur l’assurance professionnelle obligatoire de l’artisan.
Pour la garantie fabricant, lisez les conditions portant sur la durée, les pièces, la main-d’œuvre et les interventions exigées pour conserver la couverture. Demandez qui prend en charge le déplacement et le diagnostic en cas de panne. Une garantie fabricant peut porter sur l’appareil sans couvrir les dommages causés par une mauvaise installation, d’où l’intérêt de distinguer clairement la garantie du matériel et la responsabilité de l’entreprise de pose.
Si les travaux sont intégrés à une rénovation plus large, demandez à l’entreprise ou au maître d’œuvre d’identifier les assurances correspondant à chaque lot. La réponse peut différer entre la pose d’un appareil isolé et une opération touchant aussi la structure ou l’enveloppe du bâtiment. Les obligations d’assurance se déterminent d’après les travaux réellement réalisés, comme l’explique notre page sur les travaux soumis à l’assurance dommage ouvrage.
Que faire si la panne ou le dommage est déjà constaté
Commencez par sécuriser les lieux si la situation présente un risque, puis rassemblez les éléments qui retracent le chantier. Si l’eau s’infiltre ou si l’appareil menace d’endommager d’autres parties de la maison, faites réaliser les mesures urgentes nécessaires, mais demandez au professionnel de décrire son intervention et conservez les pièces déposées lorsque c’est possible.
- Rassembler les documents. Conservez le devis signé, les factures, les notices, la preuve de mise en service et les échanges avec l’entreprise. Notez les dates d’apparition des défauts et photographiez leur évolution.
- Écrire à l’installateur. Décrivez précisément le problème, demandez un constat et une proposition de solution, puis gardez une copie de votre courrier et des réponses reçues.
- Vérifier les garanties. Contactez l’installateur et le fabricant en distinguant la responsabilité liée à la pose de la garantie portant sur l’appareil. Demandez les conditions applicables par écrit.
- Faire évaluer le litige. Si la cause du dommage est contestée ou si les réparations sont importantes, prenez conseil avant de signer une transaction ou d’engager des travaux définitifs.
Si aucune dommage ouvrage ne peut être mobilisée pour l’équipement ajouté, cela ne supprime pas vos droits contre l’entreprise. Les démarches dans un litige sans dommage ouvrage sont différentes d’une déclaration à l’assureur : notre page sur le sinistre sans assurance dommage ouvrage détaille les points de vigilance. Pour votre dossier, commencez par envoyer à l’installateur une réclamation datée, accompagnée des photographies et des pièces du chantier, sans attendre une réponse hypothétique de l’assureur décennal.
Questions fréquentes
Une pompe à chaleur en panne après plusieurs années est-elle couverte par la décennale ?
Pas automatiquement. Si elle a été ajoutée ou remplacée sur une maison existante, l’arrêt du 21 mars 2024 écarte en principe la garantie décennale et la garantie de bon fonctionnement pour cet équipement. Le recours peut relever de la responsabilité contractuelle de l’installateur ou d’une garantie fabricant.
Puis-je demander une indemnisation à mon assurance dommage ouvrage ?
Pas au titre de la garantie décennale si le dommage concerne uniquement un équipement ajouté sur un ouvrage existant et relève de la responsabilité contractuelle. Une opération de construction plus large peut nécessiter une analyse distincte de ses travaux et de la nature des dommages.
Les panneaux photovoltaïques sont-ils toujours exclus de la garantie décennale ?
Non. La décision vise les panneaux installés par adjonction sur un ouvrage existant. Pour des panneaux intégrés à une construction neuve ou à une opération de construction, la qualification dépend des travaux et des critères de la responsabilité décennale.
Quel délai ai-je pour agir contre l’installateur ?
Il ne faut pas présumer que le délai de dix ans de la responsabilité décennale s’applique à un équipement ajouté sur un existant. Le délai de l’action contractuelle dépend du fondement et de la situation : adressez une réclamation rapidement et demandez conseil pour apprécier votre dossier.
Que dois-je demander à l’installateur avant de signer le devis ?
Exigez un devis qui décrit l’appareil et les travaux prévus, ainsi que les garanties annoncées. Demandez aussi une attestation de responsabilité civile professionnelle et, si l’entreprise invoque la décennale, une confirmation écrite que l’assurance couvre bien l’opération envisagée.
Textes de référence
- Cour de cassation, troisième chambre civile, 21 mars 2024, n° 22-18.694
- Code civil, articles 1792, 1792-2 et 1792-3
- Code des assurances, article L242-1
- Code de procédure civile, article 145


