
L’erreur la plus coûteuse consiste à classer l’attestation reçue sans vérifier si les travaux confiés à l’artisan figurent réellement parmi les activités assurées. Un document valide pour la plomberie, par exemple, ne prouve pas que l’entreprise est couverte pour réaliser une toiture. Pour éviter cette confusion, comparez l’attestation avec le devis, vérifiez les dates et demandez confirmation à l’assureur avant le début du chantier.
Une attestation ne couvre pas automatiquement tous les travaux
L’assurance de responsabilité décennale concerne les professionnels dont la responsabilité peut être engagée au titre des articles 1792 et suivants du Code civil. Elle porte sur les dommages qui compromettent la solidité de l’ouvrage ou le rendent impropre à sa destination, dans les conditions prévues par la loi. Mais la présence d’une assurance ne signifie pas que chaque intervention de l’entreprise est garantie : les activités déclarées et les conditions du contrat comptent.
Il faut donc vérifier l’attestation décennale pour le chantier concerné, pas seulement demander un document général portant le mot « décennale ». La règle sur l’assurance décennale obligatoire concerne les professionnels dont la responsabilité décennale peut être engagée. Selon la nature de l’intervention, un artisan peut aussi devoir justifier d’autres assurances professionnelles. Pour distinguer ces obligations, consultez notre page sur l’assurance professionnelle obligatoire d’un artisan.
Cette vérification ne remplace pas votre propre assurance dommage ouvrage, lorsqu’elle est obligatoire pour votre projet. Les deux assurances n’ont pas le même rôle : la décennale couvre la responsabilité du constructeur, tandis que la dommage ouvrage préfinance certaines réparations avant recherche des responsabilités. Gardez les justificatifs dans le dossier du chantier, avec les autres documents à réunir pour un devis dommage ouvrage.
Rassembler les pièces avant l’ouverture du chantier
Demandez une attestation récente à chaque entreprise dont les travaux sont susceptibles de relever de la responsabilité décennale. Faites-le avant l’ouverture du chantier, et pas uniquement au moment de signer le devis. En pratique, un chantier mobilise parfois plusieurs entreprises, avec des activités différentes : l’attestation du maçon ne couvre pas automatiquement le couvreur ou l’électricien.
Le modèle d’attestation d’assurance décennale est fixé par un arrêté du 5 janvier 2016. Par ailleurs, les artisans et micro-entrepreneurs exerçant une activité soumise à une assurance professionnelle obligatoire doivent faire figurer sur leurs devis et factures l’assurance souscrite, les coordonnées de l’assureur et la couverture géographique. Ces mentions vous donnent des éléments à comparer, mais la présence d’une ligne sur le devis ne suffit pas à confirmer que le contrat est actif.
Rapprochez les pièces entre elles : nom de l’entreprise sur le devis, identité de l’assuré sur l’attestation, nature des travaux et adresse du chantier. Si le devis est signé par une société et que l’attestation désigne une autre entité, demandez une explication et une confirmation écrite de l’assureur. Ne déduisez pas que deux entreprises sont couvertes parce qu’elles partagent un nom commercial ou une adresse.
Notre conseil
Ajoutez la vérification des assurances à vos étapes de préparation du chantier. Conservez le devis, l’attestation reçue et les réponses de l’assureur dans le même dossier, puis demandez un document actualisé si l’entreprise ou la période de travaux change.
Examiner les mentions qui déterminent la couverture
Ne vous arrêtez pas au logo ou au numéro de police. Lisez les mentions une par une et confrontez-les aux travaux décrits dans le devis. Le tableau ci-dessous indique les points à contrôler et la réaction à adopter en cas d’incertitude.
| Point à contrôler | Ce que vous devez vérifier | En cas d’écart |
|---|---|---|
| Identité de l’assuré | Le nom de l’entreprise correspond à celui du devis et du contrat signé. | Demandez pourquoi les entités diffèrent et faites confirmer par écrit que le chantier est couvert. |
| Activités déclarées | Les travaux confiés correspondent aux activités mentionnées sur l’attestation. | Demandez une attestation rectifiée ou une confirmation explicite de l’assureur. |
| Période de validité | La période couvre la date d’ouverture du chantier, et non seulement la date du devis. | Obtenez un justificatif actualisé avant le démarrage. |
| Zone géographique | Le lieu du chantier se trouve dans la zone de couverture indiquée. | Faites confirmer que l’adresse du chantier est bien couverte. |
| Plafond et limites indiqués | Le montant et les éventuelles limites s’appliquent bien à l’activité et aux travaux concernés. | Demandez à l’assureur ce que le plafond couvre précisément, sans interpréter le chiffre isolément. |
Activités déclarées. C’est souvent le contrôle décisif. Les intitulés peuvent être techniques ou assez généraux. Si le devis prévoit une rénovation de toiture, une extension ou des travaux d’étanchéité, ne supposez pas qu’une mention voisine couvre forcément l’intervention. Faites rapprocher les termes du devis et ceux du contrat par l’assureur, surtout lorsque plusieurs corps de métier sont concernés.
Date d’ouverture du chantier. Une attestation délivrée aujourd’hui ne suffit pas à elle seule. Vérifiez que l’assurance s’applique à la date où le chantier commence. Si le démarrage est reporté après la fin de la période affichée, demandez un justificatif correspondant à la nouvelle date. En cas de doute sur la situation d’un chantier déjà ouvert, faites confirmer par écrit la période pertinente.
Plafond et zone géographique. Lisez les limites mentionnées, s’il y en a, et demandez à quoi elles se rapportent. Un plafond ne transforme pas une activité non déclarée en activité assurée. Vérifiez aussi que le chantier est situé dans la zone couverte : une attestation qui désigne une zone précise ne peut pas être interprétée sans contrôle de l’adresse concernée.
Comparer l’attestation avec le devis et la réalité du chantier
Une attestation ne se vérifie pas dans l’abstrait. Prenons l’exemple de Sophie, qui fait rénover une maison près de Limoges en octobre 2025. Le devis de 18 500 € prévoit la réfection de la couverture et la pose de fenêtres de toit. L’attestation de l’entreprise mentionne une activité de charpente, mais le document ne permet pas de savoir si la couverture et les fenêtres de toit sont incluses. Sophie ne devrait pas conclure que tout est couvert parce que le métier paraît proche : elle doit transmettre le devis à l’assureur et lui demander une réponse écrite sur ces travaux précis.
Vérifiez également que l’entreprise qui réalise effectivement les travaux est celle dont l’attestation vous a été remise. Une modification du devis, l’ajout d’une activité ou l’intervention d’une autre société justifie un nouveau contrôle. Si les travaux changent de nature en cours de chantier, demandez si l’activité ajoutée entre dans le champ assuré avant de donner votre accord.
La réception des travaux marque une étape importante pour les garanties de construction. Conservez les documents remis par l’entreprise et les échanges intervenus pendant le chantier ; notre page explique les points à vérifier lors de la réception des travaux. Pour la dommage ouvrage, l’attestation de l’entreprise n’est pas celle du maître d’ouvrage : les deux justificatifs ne sont pas interchangeables. Vous pouvez consulter les explications sur l’attestation dommage ouvrage.
Confirmer l’assurance directement auprès de l’assureur
Si l’attestation est ambiguë, si une date vous échappe ou si l’identité ne correspond pas, contactez l’assureur pour vérifier que le contrat existe et qu’il couvre bien l’entreprise et les travaux prévus. Demandez une réponse écrite. Transmettez les éléments utiles : raison sociale indiquée sur le devis, numéro de police, adresse du chantier, date prévue d’ouverture et description des travaux.
Ne vous contentez pas des coordonnées imprimées sur le document si vous avez un doute sur son authenticité. Recherchez les coordonnées de l’assureur par une source officielle ou indépendante, puis utilisez-les pour lui demander confirmation. Cette précaution est particulièrement utile si vous ne parvenez pas à joindre l’interlocuteur indiqué, ou si les informations fournies semblent incohérentes.
Certains contrats sont portés par des assureurs étrangers exerçant en France en libre prestation de services. Cela ne suffit pas à conclure que l’attestation est fausse ou que la couverture est irrégulière. En revanche, des défaillances d’assureurs intervenant de cette manière ont laissé des assurés en difficulté entre 2016 et 2020. Vérifiez l’agrément de l’assureur dans les registres officiels de l’ACPR et demandez une confirmation directe de la validité du contrat.
Attention
Une attestation fournie par l’artisan est un justificatif à contrôler, pas une garantie que le contrat restera en vigueur ou que tous les travaux sont assurés. En cas de silence de l’assureur ou de réponse imprécise, ne lancez pas les travaux sur la seule base d’une promesse orale.
Repérer une fausse attestation sans accuser trop vite
Une fausse attestation décennale peut reprendre le nom d’un assureur, présenter un numéro de contrat ou imiter un document officiel. Certains indices doivent donc déclencher des vérifications : identité différente de celle du devis, numéro absent ou incohérent, dates contradictoires, activité trop éloignée des travaux, zone géographique incompatible, coordonnées qui ne permettent pas de joindre l’assureur ou document dont les mentions sont illisibles.
Ces anomalies ne prouvent pas à elles seules une fraude. Une erreur de saisie, une attestation ancienne ou un changement de société peuvent aussi expliquer un écart. Mais ne corrigez pas vous-même le document et ne vous contentez pas d’une version modifiée envoyée sans explication. Demandez un nouveau justificatif directement émis par l’assureur ou une confirmation écrite qui identifie clairement l’entreprise, le contrat et les travaux.
Si l’entreprise refuse de fournir une attestation, si l’assureur ne confirme pas la couverture ou si les réponses restent contradictoires, suspendez le démarrage des travaux concernés jusqu’à clarification. Gardez les échanges et les documents reçus. Si vous avez déjà signé, demandez conseil rapidement plutôt que d’attendre un dommage pour vérifier la situation.
La check-list avant de laisser commencer les travaux
Avant l’ouverture du chantier, reprenez les éléments suivants pour chaque entreprise concernée. Une case non vérifiée mérite une question écrite, pas une supposition.
- Le nom de l’entreprise sur l’attestation correspond à celui du devis.
- Les activités assurées couvrent les travaux effectivement commandés.
- La période d’assurance s’applique à la date d’ouverture du chantier.
- L’adresse du chantier se situe dans la zone géographique couverte.
- Les éventuels plafonds et limites sont compris pour les travaux prévus.
- L’assureur a confirmé le contrat lorsque le document présentait une ambiguïté.
- Les justificatifs et les réponses écrites sont conservés avec le dossier du chantier.
Si vous avez un doute, faites parvenir le devis complet à l’assureur et demandez-lui de confirmer par écrit que l’activité et le chantier sont couverts avant le premier jour de travaux.
Questions fréquentes
L’artisan doit-il joindre son attestation décennale au devis ?
Les artisans dont l’activité exige une assurance professionnelle obligatoire doivent faire figurer sur leurs devis et factures l’assurance souscrite, les coordonnées de l’assureur et la zone géographique couverte. Demandez aussi l’attestation et vérifiez qu’elle correspond aux travaux prévus.
Une attestation décennale reste-t-elle valable après l’expiration de sa période ?
Ne supposez pas qu’un document ancien suffit pour un nouveau chantier. Faites vérifier auprès de l’assureur que le contrat couvre la date d’ouverture du chantier concerné et demandez un justificatif actualisé si nécessaire.
Que faire si le nom de l’entreprise ne correspond pas à celui de l’attestation ?
Demandez à l’entreprise d’expliquer l’écart et contactez l’assureur à partir de coordonnées vérifiées indépendamment. Ne commencez pas les travaux concernés tant que l’assureur n’a pas confirmé par écrit quelle entité et quels travaux sont couverts.
Une attestation étrangère est-elle forcément suspecte ?
Non, le fait qu’un assureur exerce en France en libre prestation de services ne suffit pas à invalider le document. Vérifiez son agrément dans les registres officiels de l’ACPR et faites confirmer la validité du contrat auprès de l’assureur.
Une attestation décennale couvre-t-elle tous les travaux réalisés par l’artisan ?
Non, les activités déclarées et les conditions du contrat doivent correspondre aux travaux confiés. En cas d’intitulé général ou ambigu, transmettez le devis à l’assureur et demandez-lui une réponse écrite sur le chantier concerné.
Textes de référence
- Code des assurances, article L241-1
- Code civil, articles 1792 à 1792-7
- Arrêté du 5 janvier 2016 fixant le modèle d’attestation d’assurance décennale
- Loi n° 96-603 du 5 juillet 1996, article 22-2


